Editions Charrue
Eberhard Arnold
Rompre les chaînes du péché en pensée
J. Heinrich Arnold

La tradition chrétienne est remplie de sagesse concernant le traitement des pensées et des émotions, et Rompre les chaînes du péché en pensée, par J. Heinrich Arnold, en est un exemple par excellence. D’une manière non loin de celle de Saint-Augustin en Occident, et les pères monastiques de l’Orient, Arnold affronte les réalités de combattre la tentation et le péché par sa propre tradition communale. Ses idées sont honnêtes et réalistes, mais ils sont imprégnés d’une foi absolue dans le pouvoir de l’Esprit de renouveler et transformer.

Nous sommes ce que nous pensons. C’est pourquoi nous ne devrions jamais sous-estimer ce que nous permettons d’entrer dans nos esprits. C’est par le biais de la pensée que les esprits du mal livrent une guerre secrète sur l’âme. Ainsi, l’évêque du Vème siècle Maximus nous avertit, « Tout comme il est plus facile de pécher dans l’esprit que dans l’action, de même la guerre à travers nos images passionnés conceptuelles des choses est plus difficile que la guerre à travers les choses elles-mêmes. »

Jésus dit : « Car, c’est du cœur que proviennent les mauvaises pensées… » Il dit aussi : « Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » Pour un trop grand nombre d’entre nous, y compris nous qui nous appelons chrétiens, nos pensées privées ou nos fantaisies sont notre trésor. Nous ne voulons pas de péché, mais nous ne voulons non plus renoncer à nos propres fantasmes. Or, c’est précisément dans la pensée que la lutte pour le bien ou le mal est gagnée ou perdue. L’apôtre Paul a compris cela et a écrit: « ... mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. » (Romains 12:2). Pour Paul, la transformation de nos actions commence par la transformation de nos pensées — c’est à dire, rompre les chaînes du péché en pensée est primordiale à la liberté dans le Christ.

L’attention qu’Arnold prête aux pensées pécheresses doit être considérée dans le contexte plus large de la transformation. La sienne n’est pas une préoccupation maladive de la perfection. Chacun d’entre nous lutte avec des images et des pensées non désirées. Mais, comme nous assure Arnold, les pensées qui nous tentent ne sont pas en elles-mêmes condamnables. C’est ce que nous faisons avec elles qui compte. Jacques dit: « Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché. » Par conséquent, la question est de savoir si nous entretenons les mauvaises pensées qui nous viennent, nous arrêtant sur elles, et ainsi les nourrissant » ou est-ce que nous les affrontons, comme dans une bataille, nous efforçant de les surmonter dans le Christ?

C’est le Christ seul qui rompt la malédiction du péché. C’est lui qui donne un sens à la lutte — car il est l’objet et le but de tous nos efforts. C’est pourquoi saint Augustin écrit: « Chantons des alléluias ici-bas … même ici, au milieu des épreuves et des tentations et de l’anxiété ... non pas pour jouir d’une vie de loisir, mais dans le but d’alléger nos travaux ». C’est en louant Dieu au milieu de la tentation que nous serons libérés de la pesanteur dans nos âmes.

En fin de compte, notre lutte est une joie. Même lorsque nous ne parvenons pas — ce qui est certain — nous avons l’assurance que le règne d’amour de Dieu est plus grand que nos cœurs et esprits. Et plus est, nous pouvons avoir, comme nous encourage Arnold, « une confiance absolue en Jésus, de sorte que même si nous ne sentons rien encore, nous nous donnerons absolument et sans réserve à lui avec tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons … Puis il nous donnera le pardon, la purification et la paix du cœur, et ceux-ci conduisent à un amour ineffable. »

Etre libéré des pensées pécheresses est un grand don, un don de l’amour de Dieu que chaque lecteur peut expérimenter en réfléchissant à la sagesse qui se trouve dans ce livre. Sans cette libération, nous restons empêtrés dans la frustration. Avec elle, nous sommes plus que vainqueurs.

John Michael Talbot, Eureka Springs, Arkansas