Editions Charrue
Du Royaume de Dieu
Du Royaume de Dieu

Blumhardt a été, dans toute l'acception du terme, un prophète : non pas seulement un orateur inspiré, mais un voyant. La pensée de Blumhardt offre, notamment, de remarquables analogies avec celle de Böhme ; et ceci est naturel : la théologie de Blumhardt a le goût de ce terroir souabe, tout imprégné depuis des siècles de la pensée du grand mystique de la Renaissance.

Mais ce serait mal comprendre Blumhardt que de voir en lui un écrivain de métier, dont on pourrait retrouver les origines littéraires et philosophiques. Blumhardt n'écrivait pas. Il parlait. Et il parlait d'inspiration. Il est de la race des théosophes souabes ; il n a jamais renié ses origines ; mais ce qu'il y ajoute, c'est l'essentiel : c'est lui-même un homme, qui donne à ses frères d'humanité la sensation de la présence de Dieu.

Et cet homme est profondément, il est purement humain. Sa théologie n'est coulée dans le moule d'aucune orthodoxie. Peu lui importe la critique. « Mon cher Abraham ! » disait-il un jour. On ne me l'ôtera pas. Les critiques peuvent dire ce qu'ils veulent : ils ne nous enlèveront pas ce qu'il y a de divin en Abraham. » Les controverses sur l'historicité de Jésus ne pourraient émouvoir celui qui disait : « Si j'étais séparé du Christ, je mourrais. »

Un tel homme est libre, comme l'a été, sous le joug de l'autorité médiévale, François d Assise. Il a le droit de dire ce qu'il veut, car il parle sous l'influence de l'Esprit. Il ne peut errer, car c'est l'amour du Christ et l'amour de ses frères qui le guide. Et ce fils de la terre de Souabe n'a pas seulement le sens de l'Invisible ; il a aussi un sens avisé des réalités qui l'entourent, un bon sens, disons-le, qui gardera son mysticisme de tout excès.

Dans les progrès foudroyants de la science, Blumhardt saluait les préludes de la venue du Royaume. Mais le Royaume lui-même devait être établi sur la terre par Celui que les hommes avaient crucifié, mais qui 'ne se laisserait pas crucifier une seconde fois', le Rédempteur de l'univers : Jésus-Christ.

Avant-propos d'Henri Monnier.