Zèle pour la cause de Dieu
Christophe Blumhardt
Ce qu’il nous faut aujourd’hui, ce n’est pas une confession
de Jésus-Christ, mais sa personne. Dans les Évangiles, nous
ne trouvons aucune « confession » qui se rapporte à lui, mais
il est au centre, lui, et lui seul. Tant de choses se sont interposées
entre lui et les hommes ! Maintenant il faut qu’il reprenne
ses droits.
« Vous venez d’en bas », dit le Sauveur ; vous êtes des produits
de l’histoire, historiquement sur terre ; « Moi, je viens d’en
haut », je ne suis pas une personnalité historique, je ne dépends
de rien : ni d’un père, ni d’une mère, ni d’un temple, d’un
peuple ou d’une coutume ; rien ne m’a préparé que Dieu lui-même.
Et maintenant, il nous dit : Suivez-moi ! Celui qui me confesse
— moi qui suis en dehors de l’histoire — celui qui vit parmi
vous sans attache, qui, en dehors de votre piété et de votre
justice, prend les ordres de Dieu seul, celui-là, je puis le
reconnaître devant mon Père céleste. Les autres, ceux qui ne
se soucient que des produits de l’histoire, sortis de la famille,
de l’État, de la nation, de l’Eglise, ceux-là ne me confessent
pas et je ne puis pas non plus les confesser.
Le christianisme souffre parce qu’il confesse trop peu son maître
et trop les sociétés, les nationalités, les produits de l’histoire.
C’est ce qui explique l’opposition qui fermente aujourd’hui
contre le christianisme, tempête qui gronde maintenant contre
les institutions établies. Si les enfants de Dieu se taisent,
il faudra que les pierres crient. Il faut qu’il y ait des secousses
pour que Jésus-Christ puisse faire irruption quelque part dans
le monde — lui, cet être libre, ce simple homme de Dieu, ce
Fils de l’homme. Il nous apportera d’en haut des coutumes divines
: il nous fera naître, nous aussi, d’en haut sur cette terre.
Si nous sommes des chrétiens comme les autres, ce n’est pas
la peine que nous soyons en ce monde. Nous devons lancer un
torrent divin dans le monde. Avec nous, Dieu doit pénétrer dans
le monde. L’humanité se pourrit, s’il n’y a pas toujours présents
des hommes dans lesquels Jésus, le libre Jésus, le Fils de Dieu,
l’homme libre qui ne procède que de Dieu, peut croître et porter
des fruits.
Dieu ne se contente pas d’en avoir quelques-uns ; au delà de
ces quelques-uns, il regarde à la multitude de ceux qui sont
perdus. Abraham ne doit pas être satisfait aux dépens du monde,
mais il doit souffrir au profit du monde ; et aux dépens d’Abraham,
Dieu veille sur toutes les créatures de la terre. Israël est
élu, afin que, par lui, Dieu atteigne d’autres peuples, l’immense
masse des hommes qu’Il nomme ses brebis ; et c’est aux dépens
d’Israël que Dieu vient aux peuples. Aux dépens de Jésus, Dieu
va aux peuples ; c’est aux dépens de la communauté de Jésus
que le monde doit être transfiguré.
Nous devons donc nous dévouer et être, pour ainsi dire, la réserve
de Dieu, quand il est à la recherche de ses brebis. Nous recevrons
le bien à la fin ; une fois que les autres l’auront en partage,
nous le recevrons aussi seulement. Il n’y a pas assez d’hommes
aux dépens de qui Dieu pourrait agir. L’égoïsme des humains
est trop grand, et cet égoïsme s’est glissé également dans la
foi des chrétiens ; ils cherchent en Dieu leur propre intérêt,
et à ce compte ils perdent leur esprit combatif et leur solidité
de piliers ; ils chancellent, et Dieu n’a plus de point d’appui.
Il y en a tant pourtant qui savent mourir pour leur pays, pourquoi
ne voulons-nous pas, nous chrétiens, mourir pour notre cause,
pour la volonté de Dieu, qui est le père des peuples ? Pourquoi
les chrétiens sont-ils si égoïstes ? Ils veulent bien, il est
vrai, faire une bonne action pour autrui ; mais s’il s’agit
de leur vie, ils fléchissent. Or, il faut qu’il y ait des hommes
qui soient remplis d’un tel zèle pour la cause de Dieu, pour
les brebis du Seigneur, pour les petits et les misérables, qu’ils
ne fassent plus aucun cas d’eux-mêmes.
On en appelle au sang de Jésus-Christ pour sa propre félicité.
Mais la vertu du sang de Jésus-Christ est précisément de nous
demander notre vie, afin que vienne le Royaume de Dieu.