Le mariage dans le Saint-Esprit
Johann Christoph Arnold
Je vous demande donc instamment de vous conduire d’une manière
digne de l’appel qui vous a été adressé: soyez toujours humbles,
aimables et patients, supportezvous les uns les autres avec
amour. Efforcez-vous de conserver l’unité que donne l’Esprit,
dans la paix qui vous lie les uns aux autres.
—Éphésiens
4.1-3
Tout mariage passe par des épreuves et des crises, mais celles-ci
peuvent permettre à l’amour de grandir, et tout jeune couple
devrait s’en souvenir. L’amour véritable donne la force d’affronter
chaque épreuve. Cela se traduit par des actions, des actes pour
aider l’autre dans une humble soumission mutuelle. L’amour véritable
vient du Saint-Esprit.
Nous oublions souvent la profondeur de cette vérité. Soit nous
rejetons l’amour véritable comme une sorte de pauvre conte de
fées, soit nous mettons tellement d’énergie à le trouver que
nous passons complètement à côté. Mais l’amour vrai qui vient
de l’Esprit saint ne peut pas provenir des efforts humains,
quels qu’ils soient. Un couple marié qui connaît cette bénédiction
voit son amour grandir d’année en année, malgré les épreuves
rencontrées. Après plusieurs décennies de mariage, ils ont toujours
de la joie à se rendre heureux l’un l’autre. Comme l’écrit Heidi,
une de mes cousines, mariée depuis plus de quarante ans, exprimer
son amour ne demande pas que l’on sonne de la trompette. C’est
souvent le geste le plus simple qui parle le plus.
Mon mari Klaus et moi-même sommes passés par de nombreuses luttes
dans notre relation, ainsi qu’avec nos enfants. Mais à travers
tout cela, notre amour est devenu plus fort. Nous sommes toujours
émerveillés du don mutuel que Dieu nous a fait. Je ne pense
pas que notre relation pourrait exister sans romance – les petites
joies ou surprises mutuelles sont ce qui confirme et renouvelle
notre amour encore et toujours. Je suis toujours heureusement
surprise lorsque Klaus m’écrit un nouveau poème ou lorsqu’il
fait un petit dessin sur une pierre qu’il a trouvée. Et combien
il apprécie lorsque je mets une rose en bouton ou un bouquet
fraîchement cueilli sur sa table de chevet, ou lorsqu’une bonne
tasse de thé l’attend à son retour du travail!
Nous avons découvert que rien n’est plus revivifiant qu’un bon
éclat de rire lorsque nous nous racontons les petites expériences
de la journée, ou lorsqu’il me fait marcher à propos de quelque
chose… C’est vrai que le mariage est un engagement sérieux pour
la vie, cependant je pense que nous pouvons rester très enfantins
à son sujet et faire con-fiance à la direction de Dieu, pas
après pas. Nous trébuchons le long du chemin; nous faisons des
erreurs; nous avons nos désaccords et nos discussions. Mais
après tout, nous ne nous en aimons que davantage.
L’Esprit ouvre une perspective complètement différente
Lorsque deux personnes cherchent à établir une relation, elles
le font en général sur la base d’émotions réciproques, de valeurs
communes, d’idées partagées, et d’une certaine bienveillance
l’une envers l’autre. Sans mépriser tout cela, nous devons reconnaître
que le Saint-Esprit ouvre une perspective totalement différente
entre mari et femme.
C’est certain, l’amour conjugal basé sur les élans émotionnels
peut être merveilleux, mais il peut bien trop vite basculer
dans le désespoir et le malheur. À long terme, ce n’est pas
une fondation stable. L’amour donne certitude et stabilité seulement
s’il est dirigé par l’Esprit.
Si nous cherchons uniquement l’unité et l’amour possibles d’un
point de vue humain, nous sommes semblables à des nuages qui
flottent et passent. Lorsque nous cherchons l’unité dans l’Esprit,
Dieu peut susciter en nous un amour fidèle qui durera jusqu’à
la fin. L’Esprit consume tout ce qui ne résiste pas. Il purifie
notre amour. L’amour véritable ne vient pas de nous, mais est
répandu sur nous.
Le mariage dans le Saint-Esprit implique la fidélité. Là où
il n’y a pas de loyauté, il n’y a pas d’amour vrai. Dans notre
société, les mariages sont éprouvés comme jamais aupara-vant,
mais cela devrait affiner et augmenter la fidélité des conjoints
l’un envers l’autre. La fidélité découle de la certi-tude intérieure
de notre appel. Elle vient de la soumission à l’ordre de Dieu.
Dans sa Confession of Faith [Confession de Foi] (1540), l’anabaptiste
Peter Riedemann décrit les trois niveaux que comporte le mariage
selon l’ordre de Dieu. En premier vient le mariage de Dieu à
son peuple, et du Christ à son Église, et de l’Esprit à notre
esprit (1 Co 6.17). En second vient la communion entre les membres
du peuple de Dieu – la justice et l’unité fraternelle d’esprit
et d’âme. En troisième vient l’unité entre l’homme et la femme
(Ep 5.31), « visible et compréhensible par tous »
*.
L’unité de foi est le fondement le plus sûr du mariage
L’apôtre Paul met en parallèle le mariage et l’unité spiri-tuelle
lorsqu’il demande aux maris d’aimer leur femme « comme le Christ
a aimé l’Église: il a donné sa vie pour elle » (Ep 5.25). Pour
les chrétiens, le mariage est le reflet de l’union la plus profonde:
celle de Dieu et de son Église. C’est pourquoi dans un mariage
chrétien, c’est l’unité du royaume de Dieu, en Christ, et dans
l’Esprit saint qui importe le plus. Finalement, c’est la seule
fondation solide sur laquelle un mariage peut se construire.
« Faites donc du règne de Dieu et de ce qui est juste à ses
yeux votre préoccupation première, et toutes ces choses vous
seront données en plus » (Mt 6.33).
Le mariage devrait toujours permettre à deux croyants de se
rapprocher de Jésus et de son royaume. Il ne suffit pas à un
couple de se marier à l’Église, ou que le mariage soit célébré
par un homme de Dieu. Pour s’approcher davantage du Christ,
chacun individuellement doit d’abord se consacrer pleinement
dans son esprit au royaume de Dieu, et à la communauté qui le
sert sous sa direction. Il doit y avoir en premier unité de
foi et d’esprit. Alors seulement il y aura aussi unité véritable
d’âme et de corps.
C’est pourquoi dans nos communautés du Bruderhof, nous ne pouvons
permettre l’union d’un de nos membres avec un homme ou une femme
qui ne partagerait pas notre foi ainsi que l’appel à vivre dans
nos communautés (2 Co 6.14). (Dans le livre d’Esdras, aux chapitres
9 et 10, nous lisons comment le prophète a dû venir à Dieu et
se repentir profondément pour tous les Israélites qui s’étaient
mariés à des femmes de nations païennes.) D’un côté, nous croyons
que celui qui est véritablement animé par l’esprit de fraternité
et de justice ne restera pas un « étranger »; de l’autre, nous
pensons que le mariage de l’un de nos membres avec quelqu’un
qui ne serait pas porté vers l’Église et sa recherche de communion
totale, est impensable. Ce serait s’opposer à l’unité de l’Esprit
qui constitue le niveau le plus haut du mariage.
Cependant, si une personne déjà mariée à un partenaire de croyance
différente désirait rejoindre notre communauté, nous ferions
tout pour sauver leur mariage, tant que le nou-veau membre ne
serait pas gêné dans sa foi par le partenaire qui ne partage
pas sa foi.
Lorsque deux personnes qui désirent se marier placent leur amour
sous l’autorité et la direction du Saint-Esprit, lorsque cet
amour sert la justice et l’unité du royaume de Dieu, il n’y
a pas de raison que les deux ne se marient pas. Mais lorsqu’un
couple manque d’unité spirituelle, il ne devrait pas être question
de mariage dans l’Église. Si l’Église est véritablement le Corps
du Christ, l’unité de ses membres devant Dieu doit primer sur
toute autre considération.
Ici, il faut souligner que les exigences d’un mariage dans l’Esprit
ne peuvent jamais être remplies par un système de réponses humain,
ou résolues par le truchement de princi-pes, règles ou règlements.
On ne peut y faire face que dans la lumière de l’unité, par
ceux qui ont fait l’expérience de l’esprit d’unité, qui l’ont
accepté personnellement et ont commencé à vivre en accord avec
lui.
L’essence même de la volonté de Dieu est l’unité (Jn 17.20-23).
C’est la volonté d’unité de Dieu qui a apporté la Pentecôte
au monde. Par l’effusion de l’Esprit, les cœurs ont été touchés,
les gens se sont repentis et ont été baptisés. Les fruits de
cette unité ne furent pas seulement spirituels. Les aspects
matériels et pratiques de leurs vies furent également touchés
et même révolutionnés. Ils rassemblaient leurs biens et les
vendaient, et en déposaient le montant aux pieds des apôtres.
Par amour, chacun voulait donner tout ce qu’il pos-sédait. Malgré
cela, personne n’était dans la gêne et chacun recevait ce dont
il ou elle avait besoin. Il n’y avait ni lois, ni principes
à la base de cette révolution. Même Jésus n’a pas précisé exactement
comment les choses devaient se passer, il a seulement dit: «
Va vendre tes biens, distribue le produit de la vente aux pauvres
» (Mt 19.21). À la Pentecôte, cela s’est simplement produit:
l’Esprit est descendu et a uni les cœurs de tous ceux qui ont
cru (Ac 2.42-47).
L’Esprit nous libère de notre mesquinerie et apporte l’unité
de cœur
L’unité authentique, tout comme la joie ou l’amour, ne peut
être produite ou créée artificiellement. Seul l’Esprit peut
nous libérer de notre mesquinerie et des forces provenant de
la culpabilité et du péché, forces qui nous séparent de Dieu
et les uns des autres. Nous pouvons essayer de nous en libérer
par notre propre volonté, et nous pourrons les vaincre dans
une certaine mesure et pour un temps. Mais nous devons nous
rappeler que, en définitive, seul l’esprit d’amour peut vaincre
la chair.
À nouveau, nous ne devons jamais oublier que nous dépendons
du Saint-Esprit pour être guidés (Ga 5.25). Même dans le mariage,
si notre unité est basée uniquement sur des sentiments partagés
ou des valeurs communes, et pas sur l’Esprit, elle court le
risque d’être engloutie par le côté purement sexuel et émotionnel.
Nous ne sommes pas capa-bles nous-mêmes de produire l’unité
d’esprit véritable qui fait de deux cœurs un seul. Cela arrive
seulement si nous nous laissons saisir et transformer par quelque
chose de plus grand que nous.
Lorsqu’un mariage est ancré dans le Saint-Esprit, les deux partenaires
sentent que leur amour n’est pas un bien privé, mais un fruit
et un don de l’amour de Dieu, lequel est porteur d’unité. Il
se peut qu’ils luttent encore contre l’égo-ïsme, la désunion,
la superficialité ou d’autres problèmes, mais si leurs cœurs
restent ouverts, l’Esprit les aidera à regarder plus haut vers
Dieu et l’aide qu’il peut leur apporter.
Nous devons tous être remplis de l’Esprit encore et encore,
que nous soyons mariés ou non. L’Esprit veut trans-former tout
notre cœur et nous donner la force d’aimer. Dans sa première
lettre aux Corinthiens, parlant de l’amour, Paul écrit: « En
toute occasion, il pardonne, il fait confiance, il espère, il
persévère. L’amour n’aura pas de fin. » L’amour naît de l’Esprit
saint et c’est seulement dans l’Esprit qu’un mariage authentique
peut être conçu – et perdurer.