
C'est par James Christensen, prieur d'un monastère trappiste à Rome, que j'ai récemment entendu l'histoire remarquable de quelqu'un qui a non seulement pardonné à ses bourreaux mais qui a pardonné avant les faits. En mai 1996, le GIA – Groupe Islamiste Armé – kidnappa sept des frères trappistes de James dans les montagnes de l'Atlas algérien et déclara les garder en otages jusqu'à ce que la France relâche certains de leurs compatriotes emprisonnés. Quand le gouvernment français refusa d'accéder à leur demande, ils égorgèrent les sept moines.
La France entière fut horrifiée. Dans toutes les églises catholiques du pays, on sonna les cloches en même temps en mémoire des moines assassinés. Ce qui m'a le plus frappé, cependant, fut un événement qui, deux ans auparavant, laissait discrètement présager la tragédie. Le prieur du monastère en Algérie, Christian de Chergé, ayant eu l'étrange prémonition qu'il mourrait bientôt de mort violente, rédigea une lettre dans laquelle il pardonnait à ses futures asssassins. Il cacheta son testament et le confia à sa mère, en France. La lettre ne fut ouverte qu'après sa mort. En voici quelques extraits :
Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : "Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense !". Mais ceux-là doivent savoir que […] pour cette vie perdue, je rends grâce à Dieu. Dans ce 'Merci' où tout est dit, désormais, de ma vie, je t'inclus bien sûr, toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. […] Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.
Voir la bande-annonce du film « Des Hommes et des Dieux ».